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Jef Aérosol
Jef Aérosol dans AS de PIXEL

Jef Aérosol

Est-il encore vraiment nécessaire de présenter Jef Aérosol?! En tout cas, si vous ne connaissez pas son nom, vous avez sûrement déjà croisé ses pochoirs que ce soit dans les rues de la capitale ou un peu partout en France, voire même à l’étranger. Le travail de Jef Aérosol est omniprésent, il a même bombé son désormais légendaire « Sitting kid » sur la Grande Muraille de Chine. Issu de la première vague de street art des années 80 en France, ses pochoirs sont aujourd’hui visibles sur différents supports, les murs bien sûr, mais aussi les livres, les expositions, les vidéos, films et reportages. Auteur depuis peu d’un autoportrait géant en plein centre de Paris, un des plus grands pochoirs jamais réalisés, Jef Aérosol est bel et bien entré dans une autre dimension.


Site internet : www.jefaerosol.com

Interview

AS de PIXEL : Bonjour Jef Aérosol, vous êtes issu de la première vague de « street art » des années 80, par quelles influences vous êtes-vous lancé dans l’art du pochoir?

Jef Aérosol : Je faisais des images bien avant de faire des pochoirs. Quand j’ai bombé mon premier pochoir, en 1982, je n’en avais vus que sur les chemises du groupe Clash et c’est à peu près tout… Avant 82, je faisais du copy-art, des polaroïds, du dessin, des collages, etc… J’étais très influencé par le travail de Bazooka et par la figuration narrative (Erro, Fromanger, Rancillac, Monory, Messac, etc.) ainsi que par les graphismes de Roman Cieslewicz. Auparavant, dans les années 70, j’ai été très marqué par Warhol, Jasper Johns et par le Pop Art en général. L’art psychédélique californien (Rick Griffin, Mouse, etc) a également beaucoup compté. Et puis, plus tard, il y a eu la figuration libre qui m’a intéressé aussi : Di Rosa, Combas, Boiron, Blanchard… La représentation de l’humain par Bacon ou Lucian Freud me touche aussi beaucoup, de même que l’abstraction de Motherwell ou Soulages. En ce qui concerne l’art « in situ », je peux citer trois artistes que j’admire énormément : Georges Rousse, Ernest Pignon-Ernest et Gérard Zlotykamien. Dans les années 60 et 70, ce sont eux qui ont inventé un nouvel idiome dans lequel nous puisons encore énormément aujourd’hui. Mais l’art « in situ » n’est pas nécessairement « urbain » et j’adore le « land art » de Goldsworthy ou de Nils Udo.


AS de PIXEL : Vous avez à votre tour influencé de nombreux artistes plus jeunes, cette nouvelle génération vous inspire-t-elle en retour?

J.A. : Bien entendu, je me nourris de tout ce que je vois et qui m’interpelle. Dans cette jeune génération, certains sont incroyablement talentueux et maîtrisent des techniques qui n’existaient pas encore quand j’ai démarré. Ils ont l’énergie et les idées, ils sont nés avec le street-art et en repoussent les limites. S’il faut citer quelques noms parmi les acteurs de cet « art urbain » d’aujourd’hui, je mentionnerais Blu, Vhils, Rero et Roa dont les travaux m’impressionnent énormément.


AS de PIXEL : J’imagine que vous avez vu le film « Faites le mur » du street artiste anglais Banksy dans lequel on aurait pu également retrouver vos oeuvres, quel regard avez-vous porté sur ce film?

J.A. : J’admire le travail de Banksy, son sens du contexte et de l’à-propos, et je mesure l’impact qu’il a eu sur l’art de rue et la reconnaissance dont nous jouissons désormais, mais je n’ai rien pigé à ce film, pour être honnête ! Le propos est tellement décalé et à prendre à je ne sais quel degré : on touche à un certain élitisme qui me dérange un peu. Certains ont trouvé le film humoristique, mais j’avoue qu’il ne m’a pas vraiment fait rire… Je suis peut-être trop vieux, je ne sais pas, mais je ne vois pas bien quelle était l’intention de Banksy avec ce film, en fait ! C’est trop branché pour moi, je pense…


AS de PIXEL : Vous avez désormais votre auto-portrait géant sur la place Igor Stravinsky à Paris, à côté de Beaubourg, c’est l’un des plus grands pochoirs jamais réalisé. Est-ce un point d’honneur à votre brillante carrière artistique ou au contraire le début d’un défi encore plus grand?

J.A. : Ni l’un ni l’autre. Je n’utilise guère ces termes : honneur, défi… Ils appartiennent à un lexique que je n’aime pas trop. Pour moi, la chance de pouvoir peindre ce mur, c’était d’avantage de l’ordre du rêve, de l’aventure humaine, de la performance poétique, de… l’art, quoi ! Une marque sur le tissu urbain parisien dont la réalisation m’a beaucoup ému.


AS de PIXEL : Chacune de vos œuvres est signée de cette mystérieuse flèche rouge, a-t-elle un sens particulier?

J.A. : Oui, une flèche qui n’a pas de sens, ce n’est pas une flèche! C’est un signe simple et fort qui donne du « sens » dans tous les « sens » du terme… Je n’en dirai pas plus !